L'industrie de la volaille est l'un des secteurs économiques les plus prometteurs partout dans le monde incluant les pays à revenu faible ou modéré comme la Tunisie. Toutefois, ce secteur est probablement le premier en importance en termes de recours aux antibiotiques aussi bien pour des fins thérapeutiques, prophylactiques ou en tant que promoteurs de croissance. La surutilisation et la mauvaise utilisation des antibiotiques en aviculture sont préoccupantes à plusieurs niveaux. En effet, l'utilisation de quantités sous-thérapeutiques d'antibiotiques pourrait favoriser le développement de souches résistantes aux antibiotiques par la pression de sélection, leur libération dans l'environnement et le transfert de gènes de résistance vers des bactéries non résistantes de l'environnement ou du microbiote humain. Plusieurs études impliquant des pays européens ont clairement montré une forte corrélation entre l'usage des antibiotiques en élevage et les taux de résistance élevés des isolats commensaux de bactéries entériques chez les porcs et les volailles1. 

L'étude réalisée par notre équipe dans le cadre du projet AviBiocin I, nous a permis d’établir le panorama tunisien de la résistance aux antibiotiques en production aviaire. Cette étude a démontré une importante proportion de résistance à certains antibiotiques chez les souches isolées à partir d’échantillons de caecums aviaires collectés auprès de 126 fermes en Tunisie. La recherche et la mise en place de nouvelles approches alternatives est donc plus que nécessaire afin de réduire ou éliminer progressivement le recours aux antibiotiques en élevage. Différentes stratégies alternatives ont été proposées dont plusieurs sont encore au stade de recherche ou de développement exploratoire. L’utilisation de vaccins, de probiotiques, de prébiotiques, de bactériophages et de stimulateurs immunitaires par le biais de peptides et de cytokines cationiques, de peptides antimicrobiens, ainsi que des extraits de plantes a été proposée2. Nous avons démontré lors du projet AviBiocin I l’efficacité de différentes bactériocines (microcines, entérocines, pédiocine) et d’un lipopeptide (brévibacilline) à inhiber des souches pathogènes aviaires multirésistantes aux antibiotiques. Nous avons aussi démontré que l’utilisation de consortia synergiques de bactériocines permet d’améliorer l’activité antimicrobienne de ces bactériocines, d’élargir le spectre d’action et de réduire le risque de développement de résistance à ces bactériocines3. 

Le projet AviBiocin I a permis d'obtenir:

  - Des données complètes et récentes sur l’incidence de la résistance aux antibiotiques à travers la Tunisie
  - Une collection unique de souches animales productrices de bactériocines et activité inhibitrice contre des pathogènes aviaires BMR
  - De nouvelles données sur la stabilité gastrointestinale et l’innocuité des bactériocines
  - Des procédés technologiques écoresponsables et économiquement viables pour la production et la stabilisation des ingrédients à base de bactériocines
  - Des données in vivo chez le poulet de chair validant l’efficacité des bactériocines pour promouvoir la croissance des animaux et réduire l’incidence des pathogènes aviaires.

Le présent projet (AviBiocin II) est une continuité du projet AviBiocin I. Il a comme principal objectif de poursuivre nos travaux de développement et de transfert visant à démontrer le potentiel des bactériocines comme solution vétérinaire innovante pour réduire l’utilisation des antibiotiques dans la filière avicole en Tunisie, tout en améliorant la santé des animaux, en protégeant l’environnement et en préservant la rentabilité des exploitations aviaires. De façon plus spécifique, les activités du projet AviBiocin II ont été conçues de façon à faire progresser les ingrédients à base de bactériocines déjà développés dans le cadre du projet AviBiocin I en assurant un transfert technologique et une implantation industrielle de produits approuvés par les agences réglementaires locales et qui seraient économiquement viables pour le secteur de la volaille en Tunisie.

Les retombées des projets AviBiocin I et II sont importantes 

Les projets AviBiocin I et II ont été financés par le Centre de recherches et de développement international (CRDI) et le UK Department of Health and Social Care’s (DHSC). Les partenaires industriels de ces projets sont Poulina Group Holding et Innodal. Des chercheurs de plusieurs institutions participent à la réalisation de ces projets: Ismail Fliss (Université laval), Karim Ben Slama (Institut Supérieur des Sciences Biologiques Appliqués de Tunis, Tunisie), Éric Biron (Université Laval, Canada), Denis Groleau (Consultant, Canada), Lilia Messadi (École Nationale de Médecine Vétérinaire de Sidi Thabet, Tunisie), Marc Ouellette (Université Laval, Canada), Sylvie Rebuffat (Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, France), Carmen Torres (université de La Rioja, Espagne) et Séverine Zirah (Muséum nationale d'Histoire naturelle de Paris).


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1 Chantziaras, I. et al. 2014. J Antimicrob Chemother. Mar;69(3):827-834.
2 Rahman, M.R.T. et al. 2022. Antibiotics (Basel). 11(6):766.
3 Soltani, S. et al. 2022. Microbiol Spectr. 10(1):e0040621.